Passé l’automne, passée l’année. L’hiver aussi aura passé dans quelques jours. Quatre mois sans une ligne, à ne rien retenir, à laisser le temps ruisseler. Tout va à l’eau. Je me suis noyé. Nous avons déménagé le 15 décembre. Rendu les clés de la rue Danville le 31 janvier. Ce jour-là, je suis resté la matinée entière dans l’appartement vide. J’attendais les employés du service des encombrants de la Ville de Paris qui devaient nous débarrasser de notre vieille cuisinière électrique. Je me suis demandé si le minuscule lutin domestique qui avait vécu avec nous ces quinze dernières années était parvenu à se glisser dans un carton pour nous suivre boulevard du Montparnasse. Les lutins, j’y crois dur comme fer depuis l’enfance. D’après ma mère, il s’en trouvait une petite troupe dans notre maison de Senlis. Une joyeuse bande de farceurs qui prenaient un malin plaisir à cacher les objets dans des endroits impossibles. En grandissant, je les ai un peu oubliés. Et puis, je les ai retrouvés. J’aime à imaginer qu’ils m’ont suivi d’un domicile à l’autre. Celui de la rue Danville, j’en suis sûr m’a accompagné.