Je suis arrivé très en avance à Saint-Denis. Il fallait prendre un bus là-bas, je ne savais pas combien de temps durait le trajet, j’avais peur de me perdre, enfin mes habituelles angoisses de Lapin blanc accroché à sa montre. J’ai traîné dans le seul café ouvert (vraiment pas terrible) avant de me retrouver, toujours bien avant l’heure, dans les parages de la bibliothèque. Il faisait beau, j’ai marché au hasard cherchant, sans succès, un autre bistrot au milieu des barres d’immeubles et des pavillons de banlieue. Même avec le soleil, c’était assez déprimant. Mais à la bibliothèque, il y avait tout un petit groupe de dames joyeuses, énergiques, qui s’intéressaient depuis un moment à la littérature antillaise et pour qui la venue d’un auteur haïtien était un événement. J’espère qu’elles en ont eu pour leur attente. Le débat avec Néhémy Pierre-Dahomey a, en tout cas, été chaleureux. Son roman, Rapatriés, déroule la vie difficile de Belliqueuse Louissaint, une femme haïtienne qui se laisse convaincre de faire adopter ses deux derniers enfants, après que la mort et la délinquance lui aient arrachés les aînés. Pierre-Dahomey fait le portrait de tout un peuple à travers son héroïne tragique. J’ai dû rentrer à Paris pour pouvoir repartir à Aulnay-sous-bois l’après-midi (un vrai casse-tête de le tenter au départ de Saint-Denis). Déjeuner sans intérêt au Terminus Nord qui est devenu une brasserie vraiment très médiocre. J’étais à Aulnay, cette fois pile à l’heure. Content de retrouver Véronique Ovaldé et de parler avec elle de son dernier livre, A cause de la vie. Un « roman graphique » si l’on veut, grand format avec des dessins de Sfar. L’histoire d’une fillette de douze ans qui vit seule avec sa mère dans un immeuble parisien et qui attend le prince charmant (le chevalier, le super-héros, le gentleman) qui va l’emporter loin d’un quotidien qui l’ennuie et qui l’attriste. Son libérateur sera en fait le petit garçon du sixième, venu demander à travers la porte si on ne peut pas lui prêter une pompe à vélo. Histoire d’amour de deux enfants qui ne veulent pas encore grandir. Pour Nathalie, Eugène va accomplir toute une série d’étranges épreuves. Il y a du Marcel et Isabelle du Temps des secrets de Pagnol dans cette jolie aventure. Pas grand monde malheureusement pour la rencontre. RER bondé par contre pour le retour. Le wagon ne s’est vidé qu’après Châtelet. Amélie m’attendait à la gare de Denfert. Elle revenait du Salon du livre. Je suis épuisée. - Moi aussi.